Nous avons souvent parlé des problèmes politiques, économiques, sociaux de Mayotte sans pour autant nous interroger sur certaines spécificités telles que l'Art. Pourtant, nous possédons une forme primitive dans le domaine artistique ou esthétique que nous passons souvent sous silence. L'Art n'est pas forcément de l'ordre de la technique, c'est quelque chose qui sort de celle-ci et qui la dépasse. Voyons effectivement nos chers ancêtres qui passaient de longues journées à façonner de belles pirogues, de beaux chapeaux ou de belles constructions de toutes choses. Certains y veraient une pure expression de la technique, c'est-à-dire le maniement rationnel de la matière à des fins purement utiles. Pourtant, dans tout cela, nous y voyons, et nous y mettons, un jugement qui est du ressort esthétique. On ne dit pas "beau" techniquement, mais "beau" par affirmation du jugement ou d'une contemplation d'une oeuvre belle. En cela, la culture mahoraise exprime, certes de manière ephémère par moment mais toujours évidente, cette attirance vers le beau et la recherche de l'identité du réel esthétique. Par là, lorsque les jeunes filles s'exaltent lors des "débats", elles ne font qu'exprimer cette chose ineffable, mais que nous ressentons tous, qui est l'Art : l'Art en soi car il implique à la fois l'appréciation des gestes exécutés, la manière dont les mouvements font écho entre eux et l'harmonie qui se dégage au travers de tout cela. Le "débat", cette danse traditionnelle, symbolise l'enchaînement artistique en tant qu'il est éprouvé et vécu, mais aussi l'instant où le sentiment du "beau" ou du "merveilleux" se fait connaître. Il est donc à la fois méprisant et insultant de voir ou d'entendre, de la part de certains, que "Mayotte ne possède pas d'expression artistique". De par cette phrase, on ne reconnaît pas de formes d'Art propres à Mayotte. Effectivement, certaines voix se lèvent pour affirmer, avec prétention, que pour le moment l'espace esthétique mahorais ne serait qu'une espèce de formulation ou de tentative d'expression artistique, mais qui est foncièrement rattaché à de la culture vélléitère. Cela veut dire que nous n'avons pas une véritable place de création artistique. Cependant, on est tenté à souscrire à cette idée qui est, évidemment, fausse. Souscrire à cela car notre façon d'asseoir cet espace esthétique ne correspond pas aux normes occidentales. Fausse en premier lieu car l'expression artistique n'obéit pas à des règles pré-établies, donc soumises à une certaine rationnalité admise par tout un chacun ; et en second lieu, toute forme d'Art est avant tout une sorte d'appel à ce qui est ineffable dans l'expression de l'humain et dans son exercice pratique de la vie. Modifier la matière pour en créer quelque chose de nouveau, d'émouvant et qui attire un certain jugement totalement désintéressé est ce qui peut être défini comme étant de l'Art. Donner une place certaine au corps participe aussi à cela. En effet, quand nous sommes tous émus devant des chef-d'oeuvres tels que le "msahafa" ou la natte faite à partir de raffia et autres objets qui ont une utilité quotidienne, cela atteste que ces objets portent en eux la symbolique de l'Art. Cependant, il ne faut pas confondre le côté pratique qu'on peut voir dans ces objets avec leur portée artistique. D'ailleurs, l'artisan est toujours attiré par l'utile, ou travaille en ce sens. Mais, pour le cas de Mayotte, il se révèle être un véritable artiste. la technique et l'artistique se juxtapposent et se complètent. Ceci révèle une configuration tout autre dans la vision qu'on a de la pensée promue dans l'Art. Il peut y avoir confusion entre ces deux appellations, et pourtant ce n'est pas le cas. L'artiste, tout comme l'artisan, est celui qui donne forme à la matière. Cependant, c'est au commun des mortels de formuler des jugements à partir de ce qui est généré par le travail de l'artiste. Nous possédons donc un Art qui nous est propre avec une identité propre et qui mérite d'être mis en avant. De l'utile et du quotidien, nous arrivons à faire émerger de l'Art. Cet Art qui se désagrège dans le temps, mais qui est vrai dans le sentiment qu'on peut éprouver. On est face à une sorte de recherche perpétuelle de cette contemplation artistique qui nous échappe et qui , par cette occasion, révèle le propre de l'Art, c'est-à-dire il nous échappe, il nous attire, il nous guide et pourtant, nous n'arrivons pas à le palper. De par ceci, l'art est comme une volonté qui nous titille, qui se présente à nous, qui nous interpelle et qui nous donne et fait vivre cette véritable liberté que nous recherchons tous. Les mouvements, les gestuels, lors des festivités traditionnelles et culturelles ont le pouvoir de transfigurer le banal en beau. L'éphémérité dans l'appréhension du phénomène artistique, ou sa proximité avec le quotidien, fait que l'Art mahorais se distingue de la définition communément admise : l'Art est quelque chose qui est au-delà du ressort du quotidien, mais aussi de l'artisan et de son domaine établi. L'Art mahorais est dans le musée, mais aussi au-delà : on peut tout à la fois observer des chef-d'oeuvres ayant leur place dans des institutions telles que le musée, mais on peut aussi palper ce moment artistique au travers des rencontres de la vie, telles que les danses traditionnelles. Cette ambiguité révèle la poésie de l'Art mahorais. Exaltons cette expression indicible, mais qui nous est pourtant familière. Nous en parlons plus longuement ultérieurement.
Pour moi, ceux qui disent que Mayotte "n\\\'a pas d\\\'expression artistique" sont des gens qui parlent pour ne rien dire. En mon sens ils se posent en juges d\\\'une chose qu\\\'ils ne connaissent pas. Ce ne sont pas de vrais amateurs d\\\'art ou ce sont des personnes incapables de voir ailleurs autre chose que ce qu\\\'ils connaissent déjà. ILs me rappellent cette Hélène Rossé qui un jour a osé dire que "Les Mahorais n\\\'ont pas de culture". Alors que on a le chigoma, les mbiwis le déba , le mgodro ,le mringué .....et un tas d\\\'autres choses encore. Elle a pas compris que tout peuple même les plus retirés du monde ont une culture.Disons simplement qu\\\'elle ne connaissait pas la déffinition de ce mot tout comme ceux qui disent des aberrations sur l\\\'art mahorais:ils faudraient qu\\\'ils revisent le sens du mot .